Résulats du second tour de la présidentielle 2012 en Indonésie
Voici les résultats du second tour de la présidentielle française à Bali et Jakarta. Signalons dans une petite analyse rapide au sujet des résultats du 1er tour publiés dans l’édition précédente qu’il y a eu deux fois plus de votants en pourcentage pour Mélenchon et Le Pen à Bali qu’à Jakarta. En revanche, on vote deux fois plus Bayrou et quatre fois plus Eva Joly à Jakarta qu’à Bali. On est aussi 10% plus à droite à Bali qu’à Jakarta. Les chiffres de votants étant particulièrement faibles, nous nous arrêterons là dans l’analyse, difficile de faire des stats pertinentes à partir des quelques 219 votes exprimés à Bali par exemple…
Résultats second tour.
TOTAL INDONESIE (Jakarta + Bali)
Nombre d’inscrits : 1828
Nombre de votants : 817
Nombre de suffrages exprimés : 799
Bulletins Blancs ou nuls : 18
NICOLAS SARKOZY 488 61%
FRANCOIS HOLLANDE 311 39%
JAKARTA
Nombre d’inscrits : 1201
Nombre de votants : 567 (47% votants, 53% abstentionnistes)
Nombre de suffrages exprimés : 556
Bulletins Blancs ou nuls : 11
NICOLAS SARKOZY 328 59%
FRANCOIS HOLLANDE 228 41%
BALI
Nombre d’inscrits : 627
Nombre de votants : 250 (39% votants, 61% abstentionnistes)
Nombre de suffrages exprimés : 243
Bulletins Blancs ou nuls : 7
NICOLAS SARKOZY 160 65,8%
FRANCOIS HOLLANDE 83 34,2%
Délit de sale gueule à l'hôpital ?
Un courrier de plus sur la déplorable condition des services de santé indonésiens. Nous avons volontairement supprimer les noms de l’hôpital et du médecin incriminés afin d’éviter des ennuis à l’auteur de la lettre et au journal. Souvenez-vous en effet de l’affaire Prita (cf. La Gazette de Bali n°50 – juillet 2009), cette mère de famille condamnée et emprisonnée pour avoir dénoncé dans un email privé les soins qu’elle avait reçus dans un hôpital de la banlieue de Jakarta. Là, il n’est pas question des soins mais du service, avec cette fameuse double tarification à connotation raciste qui a court même pour des enfants binationaux. Entre déficience du système sanitaire en général et non respect des droits élémentaires du consommateur, n’y aurait-il donc aucune place pour les malades en Indonésie ?
Je voudrais vous faire partager ma dernière expérience avec l’hôpital Xxxxx Xxxxxx de Denpasar. Samedi dernier, lors du règlement des frais du médecin (docteur Xx Xxxx Xxxxx Xxxxxxxx, pédiatre), la secrétaire m’annonce une augmentation des honoraires dudit médecin. Bon, me dis-je, encore une énième anticipation de la future augmentation du prix de l’essence… En réalité, de 55 000 rp, on passe à 275.000 rp ! Par 5, donc là, forcement, je demande les explications de ces nouveaux tarifs. Pour info, mes enfants sont suivis par ce même médecin depuis 3 mois maintenant avec un r-d-v bimensuel. La réponse est qu’il en va désormais ainsi pour tout patient étranger.
Je lui fais calmement remarquer que ce nouveau procédé (certes injuste, malhonnête, voire raciste) n’est pas applicable dans cette circonstance puisque les patients sont indonésiens (bénéficiant de la double nationalité). Malgré cela, il m’a fallu près de 2h de discussions, plus ou moins vives (mais toujours avec le sourire, on est à Bali quand même !) avec différents employés de l’hôpital (à chaque fois, j’avais droit à quelqu’un de plus important dans l’organigramme de l’hôpital). Bien sûr, on n’a pas pu me montrer un écrit de cette nouvelle directive. Bien sûr, on m’a certifié qu’elle est appliquée dans tous les hôpitaux de Bali. Bien sûr, j’ai bien fait d’insister car, dans sa grande bonté, la doctoresse a bien voulu, pour cette fois-ci, que ses honoraires soient les mêmes qu’il y a 15 jours… Prenez note qu’elle exerce aussi à l’hôpital public. Pour finir cette expérience, j’ai eu droit à 2 réflexions que je vous laisse méditer : « De toute façon, avec un nom comme ca, on voit bien qu’ils ne sont pas indonésiens et ils paieront plus chers. » et « La prochaine fois, il faudra payer les nouveaux tarifs, soit vous les acceptez, soit vous ne les acceptez pas et vous allez consulter ailleurs. »
Personnellement, je suis à Bali depuis 13 ans, parle couramment indonésien et vis sur Denpasar. Pour complément d’info, ma femme (indonésienne), qui suit un traitement depuis 4 mois avec un médecin spécialisé à Bali Méd, a toujours payé le même tarif pour les honoraires de ce docteur et cela même si je l’accompagnais ! Donc, même s’il semble peu probable qu’il y ait une directive générale dans tous les hôpitaux de Bali, à tous les couples mixtes, si jamais vous devez consulter un médecin pour vos enfants dans un hôpital de Bali, n’oubliez pas de prendre leurs passeports indonésiens et aussi un grand bol de zénitude avant de passer à la caisse !
Ben
L’écrivaine Papaya revient sur le sondage d’Ipsos qui donne les Indonésiens comme « le peuple le plus heureux du monde », un sujet doublement abordé le mois dernier, dans la rubrique média et dans le billet « Jl Benesari, Kuta, 80361 » de Romain Forsans…
Les Indonésiens, le peuple le + heureux de la planète d’après l’IPSOS !? Certes, les Indonésiens sont moins exigeants et blasés que nous, moins contaminés par la société de consommation, plus en contact avec la nature et le cycle de la vie. Et la croyance en une vie meilleure dans l’au-delà leur remonte sûrement le moral ! Mais déjà qu’ils ouvrent difficilement leur cœur aux gens extérieurs, articulant ce qu’ils croient qu’on attend d’eux, seront-ils vraiment sincères dans le cadre d’un sondage ? Une attitude prudente et une réponse positive s’imposent, c’est culturel ainsi que le produit de siècles de colonialisme puis de dictature ! Certains, comme les chauffeurs de taxi, s’épanchent parfois, mais plutôt dans un esprit « N’oubliez pas le pourboire ! » . Les Indonésiens disent souvent « Je souris, mais à l’intérieur je pleure ». Exprimer leur désarroi ne serait pas poli et ce serait s’exposer à ce que certains profitent de leur vulnérabilité. J’ai demandé à un Javanais dont je suis proche son opinion sur ce sondage. Il m’a répondu . « Indonesians are not very happy… corruption, for example… but they make happy because if they don’t, they lose. » Donc, ce n’est pas qu’ils fassent vraiment semblant « pura-pura », mais que s’ils ne positivaient pas, ils seraient perdants sur toute la ligne ! Et puis exprimer du négatif serait risquer d’en attirer encore davantage !
Nancy Causse Yogya, dite Papaya
Un courrier de Franck Lingo, alias Rainer, notre ancien billettiste de la rubrique « Rien n’échappe à Rainer » qui a fait les beaux jours des premiers numéros de la Gazette. Rainer est un des « historiques » du journal, comme on dit en jargon politico-journalistique et c’est un vrai plaisir d’avoir à nouveau un texte signé de lui dans cette édition…
Les plus fidèles des lecteurs de La Gazette de Bali auront remarqué que leur journal préféré entre ce mois-ci dans sa 8e année d’existence. J’adresse donc mes meilleurs vœux à la Gazette pour son 7e anniversaire ! Mois par mois, j’y trouve des articles bien rédigés, plein d’intérêt et aux aspirations louables. Le graphisme et l’impression sont tout aussi soignés et donnent à l’ensemble un niveau tel que l’on ne peut que féliciter la rédaction. Un petit bémol quand même : on n’y trouve aucune rubrique ludique et, à mon goût, trop peu de sujets humoristiques. Si les colonnes de Romain et de Didier sont souvent drôles et certains courriers de lecteurs me font rire pour des raisons diverses, le reste du rédactionnel est d’une austérité à faire pleurer le plus gai des lurons !
Comme preuve : les propos qui m’ont le plus amusé dans la Gazette du mois de mars, émanent d’un auteur mort il y a plus de 300 ans ! Si vous n’êtes pas un passionné d’Histoire et n’avez pas lu la rubrique de Bernard Dorléans en page 6, reprenez vite l’exemplaire du mois dernier ou allez chercher cet article sur Internet !
Le Français Jean-Baptiste Tavernier, grand voyageur et pionnier du commerce avec l’Inde, nous y livre quelques jolies moqueries sur la vie des « Hollandois » installés à Batavia au XVIIe siècle. Homme d’esprit et excellent observateur, il décrit d’une plume d’oie, acerbe et persifleur comme j’en raffole, le comportement ignoble des colonisateurs de la Compagnie des Indes. Tout en me régalant de cet humour aux accents si modernes, je me demandais ce qui avait changé le plus en trois siècles : les styles d’écriture ou le comportement des étrangers en Indonésie ? Encore un grand bravo à la Gazette ! Mais, s’il-te-plait Socrate, n’oublie pas de nous faire rire !
Franck Lingo
PS : Pardon, j’oubliais l’humour du poisson d’avril : ce Raymond Lavabo qui achète son Figaro Madame au warung papou.
Pour le troisième mois consécutif, la suite de la saga autour du texte « Reality Check! » de Miss O ayant pour thème le vol de sac à main et qui a déclenché de vifs échanges de courriers comme on les aime. Simon, initiateur de la polémique en reprochant à Miss O « son train de vie ostentatoire » et sérieusement pris à partie le mois dernier par Jean-François, répond tout d’abord à Miss O...
Miss O, pour répondre à votre question, Il serait déplacé, selon moi, d’attaquer ce que vous écrivez sans vous attaquer personnellement puisque vous racontiez une aventure personnelle à la première personne. Mon courrier était volontairement désagréable et provocateur dans l’espoir d’obtenir quelques réactions engagées des lecteurs, ce qui n’a pas manqué. Je suis surpris que vous ayez pris la peine d’y répondre avec autant de diplomatie. Cela étant, je lis vos articles depuis pas mal de temps et c’est toujours un moment agréable. Cordialement.
Puis à Jean-François…
La France veut mettre en place l’immigration choisie, non, Sarkozy veut mettre en place l’immigration choisie, c’est pas tout à fait la même chose. Quant à appliquer une telle mesure en Indonésie pour exclure ces braves backpackers de l’archipel, mis à part les conséquences désastreuses pour l’image du pays dans le monde, cela n’a aucun sens puisque l’immigration choisie a pour but principal d’éviter l’accueil des immigrants qui voudraient profiter du système social. Et on n’a encore jamais vu un backpacker recevoir une aide sociale du gouvernement indonésien… Alors, c’est sympa de parodier Renaud, mais pas pour dire des âneries, un peu de respect pour les voyageurs à petit budget s’il vous plait. L’Indonésie a besoin d’investissements étrangers et cætera, c’est une évidence Jean-François. Mais en économie, il n’y a pas de petit profit, et même si le backpacker ne participe que faiblement à la croissance, il y participe.
Simon
rectificatif
Ma famille, mes proches et moi-même sommes scandalisés du fait que vous ayez publié un avis de décès sans vous être renseigné sur l’état civil du défunt. Je considère que vous êtes doublement responsable car vous faites partie du HHH et ne pouviez ignorer que Guichard n’était pas marié et secondement à titre de journaliste et rédacteur de la Gazette, vous devez vérifier les informations que vous publiez. Nous vous demandons donc de faire publier ce rectificatif sans en soustraire ni un mot ni une virgule à la même place que l’avis de décès précédent et au même format de l’encart de l’avis de décès a titre de préjudice moral subi par la famille. « La famille et les proches du Comte Guichard de Saint Priest d’Urgel sont extrêmement choqués et peinés de voir l’utilisation d’un surnom désobligeant à titre posthume et tiennent également à préciser qu’il était célibataire, sans enfant. Pour servir de rectificatif à l’avis de décès publié par La Gazette de Bali dans son numéro d’avril 2012. »
Marie-Françoise de Saint Priest
Lettre à Bertrand Lortholary sur le devenir du consulat de Bali
Après l’arrivée en poste le mois dernier de notre nouvel ambassadeur, M. Bertrand Lortholary, et son « message aux Français d’Indonésie » envoyé par courriel, une lectrice l’interpelle sur le devenir de notre consulat à Bali. La réponse de M. Lortholary se trouve en page 29…
Monsieur l’Ambassadeur,
Expatriée à Bali depuis près de 18 ans, je vous remercie de votre message et en profite pour attirer votre attention sur des considérations qui nous occupent plus directement, ici à Bali. Nous apprenons la création d’une nouvelle ambassade à Jakarta, qui possède également un consulat, pendant qu’à Bali, nous sommes toujours dans l’incertitude concernant le devenir de notre consulat honoraire. D’ici juin, nous avons compris que si aucune décision n’est prise pour doter Bali d’un consulat à part entière, nous devrons accepter le fait que le poste de consul honoraire soit occupé par un citoyen indonésien. Il semble pourtant justifié de nous doter de ce consulat, le nombre de ressortissants français, seuls et en famille, venant s’installer à Bali étant grandissant. Si les relations franco-indonésiennes sont telles que vous nous les rapportez dans votre message, nous espérons que cette décision ne sera pas entérinée et qu’une solution adaptée à nos besoins soit choisie, comme par exemple, la nécessité d’un bureau de vote permanent. Bien cordialement.
Véronique Roig
Puis le relance avec un deuxième courrier...
Monsieur l’Ambassadeur,
Début Mars, j’ai répondu a votre message annonçant la construction de la nouvelle ambassade de Jakarta et vous ai fait part de nos préoccupations à Bali concernant notre demande pour un Consulat General. Je suis bien certaine que les fonctions d’Ambassadeur sont une lourde charge, surtout après une ambassade vacante pendant près de 7 mois, cependant, nous apprécierions d’obtenir un début de réponse de votre part ou de la part de votre cabinet afin de savoir a quoi nous en tenir dans moins de 3 mois maintenant. Bien cordialement et dans l’attente d’une information de la part de mon Ambassade de France en Indonésie,
Veronique Roig
Monsieur l’Ambassadeur,
Expatriée à Bali depuis près de 18 ans, je vous remercie de votre message et en profite pour attirer votre attention sur des considérations qui nous occupent plus directement, ici à Bali. Nous apprenons la création d’une nouvelle ambassade à Jakarta, qui possède également un consulat, pendant qu’à Bali, nous sommes toujours dans l’incertitude concernant le devenir de notre consulat honoraire. D’ici juin, nous avons compris que si aucune décision n’est prise pour doter Bali d’un consulat à part entière, nous devrons accepter le fait que le poste de consul honoraire soit occupé par un citoyen indonésien. Il semble pourtant justifié de nous doter de ce consulat, le nombre de ressortissants français, seuls et en famille, venant s’installer à Bali étant grandissant. Si les relations franco-indonésiennes sont telles que vous nous les rapportez dans votre message, nous espérons que cette décision ne sera pas entérinée et qu’une solution adaptée à nos besoins soit choisie, comme par exemple, la nécessité d’un bureau de vote permanent. Bien cordialement.
Véronique Roig
Puis le relance avec un deuxième courrier...
Monsieur l’Ambassadeur,
Début Mars, j’ai répondu a votre message annonçant la construction de la nouvelle ambassade de Jakarta et vous ai fait part de nos préoccupations à Bali concernant notre demande pour un Consulat General. Je suis bien certaine que les fonctions d’Ambassadeur sont une lourde charge, surtout après une ambassade vacante pendant près de 7 mois, cependant, nous apprécierions d’obtenir un début de réponse de votre part ou de la part de votre cabinet afin de savoir a quoi nous en tenir dans moins de 3 mois maintenant. Bien cordialement et dans l’attente d’une information de la part de mon Ambassade de France en Indonésie,
Veronique Roig
Transe et cannibalisme à Bornéo
Rebondissant sur le texte de l’écrivaine Papaya publié dans ces colonnes dans l’édition précédente, Frédéric apporte son témoignage sur la magie noire…
Le texte du numéro de mars sur la magie noire m’a renvoyé à des souvenirs datant du temps où j’habitais à Pontianak, au Kalimantan, dans un des quartiers populaires de la ville, au début des années 2000. J’avais consigné ces évènements dans un court récit intitulé « l’exorcisme » dont je vous livre ici une version très légèrement remaniée.
« ... Un jour, j’assistai dans mon kost à une scène particulièrement troublante. L’un de nos nouveaux colocataires était un jeune voyou sympathique, originaire de Pontianak, malais et musulman, qui fréquentait en toute liberté une fille de son âge dont on disait qu’elle se prostituait. Ce garçon s’appelait Iwan. Un soir, vers sept heures, alors qu’une nuit qui s’annonçait brûlante enveloppait déjà la ville, il fut pris d’un malaise et sombra dans ce qui apparaissait être une violente crise de tétanie… Nous fûmes bientôt quatre à tenter de l’immobiliser et des spectateurs vaguement horrifiés s’agglutinaient déjà à la porte. Le plus choquant n’étaient pas tant les spasmes qui secouaient son corps, ni même son visage dément, contracté et ruisselant de sueur, mais le fait qu’il prenait l’assistance à partie en vociférant. Or, dans l’état dans lequel il se trouvait, les paroles qu’il prononçait d’une voix que nous ne lui connaissions pas produisaient un effet terrible : « Ah ! Ah ! Vous ne croyez pas ce que vous voyez, hein ? Je suis un ancêtre, je viens d’Ambawang [un village dayak à trois heures de Pontianak par voie fluviale] ! Je vais repartir, mais d’abord, donnez-moi du sang ! ». La plupart des Indonésiens qui assistaient à la scène étaient persuadés que c’était un fantôme qui s’exprimait ainsi depuis les entrailles du malheureux. L’amie d’Iwan, peu contrariante, avait bien l’intention de satisfaire à sa volonté: elle se saisit d’un couteau tranchant et sans se démonter entailla le bout du doigt de son fiancé. Mais le sang refusa de jaillir : forcément, l’emprise de l’âme maléfique avait déjà rendu Iwan invulnérable ! Il fallut attendre l’intervention d’un dukun javanais dont le propre frère, marchand de nouilles ambulant dans notre quartier, avait demandé l’assistance, pour que le mauvais esprit disparaisse sans demander son reste, aussi soudainement qu’il était venu… L’homme s’était assis sur Iwan, avait lu quelques prières en appuyant sur le front du possédé, qui s’était alors endormi. Les cauchemars que certains d’entre nous firent cette nuit-là furent d’un réalisme insoutenable…
Quant à Iwan, il dormit vingt heures d’affilée et, lorsqu’il se réveilla, prétendit ne se souvenir de rien. Il n’avait jamais connu de crises similaires. Un prêtre avait assisté à la scène et affirmait que si de telles manifestations étaient courantes, il n’en avait jamais vu d’aussi spectaculaires et d’aussi « explicites » : souvent, disait-il, les victimes de possession maléfique transpiraient, riaient follement ou restaient prostrées, mais rarement le fantôme s’exprimait-il directement à travers leur bouche. Une jeune femme renchérit : « Cette fois c’était presque trop, je me demande s’il ne simulait pas… J’ai vu des dizaines d’enfants possédés les uns après les autres alors que nous campions dans la forêt derrière notre école, j’étais gosse à cette époque, et une de mes camarades de classe a même tenté de m’étrangler, on avait appelé un imam, il a été forcé de la maîtriser. Les autres, on ne pouvait plus desserrer leurs poings, ils étaient complètement tendus, ils pleuraient, riaient, hurlaient… Nous étions encore à l’école primaire, tu n’imagines pas de gentils enfants, timides, faire semblant hein ? C’était terrifiant. »
Ce scénario d’un fantôme qui réclame du sang est assez courant à Bornéo. Les Dayaks du Kalimantan-Ouest expliquent que c’est pour cette raison qu’ils eurent recours au cannibalisme en 97 et 99, dans le cadre des affrontements avec leurs ennemis mortels les Madurais : ayant invoqué les esprits de leurs ancêtres pour se voir conférer toutes sortes de pouvoirs surnaturels (invulnérabilité, lévitation, télékinésie...), les combattants auraient été contraints, en échange, de rétribuer les fantômes sous forme de sang et de chair. Ainsi, ce ne sont pas les Dayaks qui ont mangé d’autres hommes, mais les esprits qui les possédaient ! Pourtant, même si l’on admet l’influence que peuvent avoir les rites guerriers et la transe sur le comportement des Dayaks, cette explication ne résiste pas à l’étude des faits. Les Dayaks dévorèrent la chair de leurs victimes des jours et des jours après les combats et des « combattants » ordinaires participèrent à ces repas cannibales alors qu’ils n’étaient pas ou plus sous l’influence maléfique d’un quelconque esprit. N’oublions pas non plus que sur le terrain, ces croyances se traduisirent par des atrocités sans nom, des centaines de morts et des milliers de personnes traumatisées à jamais... Une page sombre et méconnue de l’histoire de l’Indonésie post-Suharto.
Frédéric, Yogyakarta
Le texte du numéro de mars sur la magie noire m’a renvoyé à des souvenirs datant du temps où j’habitais à Pontianak, au Kalimantan, dans un des quartiers populaires de la ville, au début des années 2000. J’avais consigné ces évènements dans un court récit intitulé « l’exorcisme » dont je vous livre ici une version très légèrement remaniée.
« ... Un jour, j’assistai dans mon kost à une scène particulièrement troublante. L’un de nos nouveaux colocataires était un jeune voyou sympathique, originaire de Pontianak, malais et musulman, qui fréquentait en toute liberté une fille de son âge dont on disait qu’elle se prostituait. Ce garçon s’appelait Iwan. Un soir, vers sept heures, alors qu’une nuit qui s’annonçait brûlante enveloppait déjà la ville, il fut pris d’un malaise et sombra dans ce qui apparaissait être une violente crise de tétanie… Nous fûmes bientôt quatre à tenter de l’immobiliser et des spectateurs vaguement horrifiés s’agglutinaient déjà à la porte. Le plus choquant n’étaient pas tant les spasmes qui secouaient son corps, ni même son visage dément, contracté et ruisselant de sueur, mais le fait qu’il prenait l’assistance à partie en vociférant. Or, dans l’état dans lequel il se trouvait, les paroles qu’il prononçait d’une voix que nous ne lui connaissions pas produisaient un effet terrible : « Ah ! Ah ! Vous ne croyez pas ce que vous voyez, hein ? Je suis un ancêtre, je viens d’Ambawang [un village dayak à trois heures de Pontianak par voie fluviale] ! Je vais repartir, mais d’abord, donnez-moi du sang ! ». La plupart des Indonésiens qui assistaient à la scène étaient persuadés que c’était un fantôme qui s’exprimait ainsi depuis les entrailles du malheureux. L’amie d’Iwan, peu contrariante, avait bien l’intention de satisfaire à sa volonté: elle se saisit d’un couteau tranchant et sans se démonter entailla le bout du doigt de son fiancé. Mais le sang refusa de jaillir : forcément, l’emprise de l’âme maléfique avait déjà rendu Iwan invulnérable ! Il fallut attendre l’intervention d’un dukun javanais dont le propre frère, marchand de nouilles ambulant dans notre quartier, avait demandé l’assistance, pour que le mauvais esprit disparaisse sans demander son reste, aussi soudainement qu’il était venu… L’homme s’était assis sur Iwan, avait lu quelques prières en appuyant sur le front du possédé, qui s’était alors endormi. Les cauchemars que certains d’entre nous firent cette nuit-là furent d’un réalisme insoutenable…
Quant à Iwan, il dormit vingt heures d’affilée et, lorsqu’il se réveilla, prétendit ne se souvenir de rien. Il n’avait jamais connu de crises similaires. Un prêtre avait assisté à la scène et affirmait que si de telles manifestations étaient courantes, il n’en avait jamais vu d’aussi spectaculaires et d’aussi « explicites » : souvent, disait-il, les victimes de possession maléfique transpiraient, riaient follement ou restaient prostrées, mais rarement le fantôme s’exprimait-il directement à travers leur bouche. Une jeune femme renchérit : « Cette fois c’était presque trop, je me demande s’il ne simulait pas… J’ai vu des dizaines d’enfants possédés les uns après les autres alors que nous campions dans la forêt derrière notre école, j’étais gosse à cette époque, et une de mes camarades de classe a même tenté de m’étrangler, on avait appelé un imam, il a été forcé de la maîtriser. Les autres, on ne pouvait plus desserrer leurs poings, ils étaient complètement tendus, ils pleuraient, riaient, hurlaient… Nous étions encore à l’école primaire, tu n’imagines pas de gentils enfants, timides, faire semblant hein ? C’était terrifiant. »
Ce scénario d’un fantôme qui réclame du sang est assez courant à Bornéo. Les Dayaks du Kalimantan-Ouest expliquent que c’est pour cette raison qu’ils eurent recours au cannibalisme en 97 et 99, dans le cadre des affrontements avec leurs ennemis mortels les Madurais : ayant invoqué les esprits de leurs ancêtres pour se voir conférer toutes sortes de pouvoirs surnaturels (invulnérabilité, lévitation, télékinésie...), les combattants auraient été contraints, en échange, de rétribuer les fantômes sous forme de sang et de chair. Ainsi, ce ne sont pas les Dayaks qui ont mangé d’autres hommes, mais les esprits qui les possédaient ! Pourtant, même si l’on admet l’influence que peuvent avoir les rites guerriers et la transe sur le comportement des Dayaks, cette explication ne résiste pas à l’étude des faits. Les Dayaks dévorèrent la chair de leurs victimes des jours et des jours après les combats et des « combattants » ordinaires participèrent à ces repas cannibales alors qu’ils n’étaient pas ou plus sous l’influence maléfique d’un quelconque esprit. N’oublions pas non plus que sur le terrain, ces croyances se traduisirent par des atrocités sans nom, des centaines de morts et des milliers de personnes traumatisées à jamais... Une page sombre et méconnue de l’histoire de l’Indonésie post-Suharto.
Frédéric, Yogyakarta
Le billet de Miss O de février, intitulé « Reality Check! » sur le vol de sac à main, avait entraîné un courrier accusateur de Simon le mois suivant, lui reprochant son train de vie ostentatoire. C’est au tour de Simon de se faire remonter les bretelles, cette fois par Jean-François…
C’est Jojo le démago... vieille chanson de Renaud. Bien, maintenant, c’est Simon le démago. L’Indonésie n’a pas besoin de backpackers, de traine-savates. La France veut mettre en place l’immigration choisie, l’Indonésie devrait en faire autant. Ce pays a besoin de capitaux, d’investissement, de transfert de savoir, de compétences et de technologie.
Jean-François
Toujours sur le même sujet, le vol à l’arraché, une réaction de Valérie cette fois, qui semble abonder dans le sens de Simon…
Bonjour, l’histoire du sac arraché se répète dans le monde entier. Le problème, c’est l’énorme fossé qui sépare les plus pauvres des plus riches. Mais si, mais si, il est là, le problème ! Made gagne 500 000 roupies par mois pour travailler 6 jours sur 7 sans sécu, sans congés payés, etc. Maurice dépense 1 000 000 de roupies pour un repas. Réfléchissons un peu.
Valérie
C’est Jojo le démago... vieille chanson de Renaud. Bien, maintenant, c’est Simon le démago. L’Indonésie n’a pas besoin de backpackers, de traine-savates. La France veut mettre en place l’immigration choisie, l’Indonésie devrait en faire autant. Ce pays a besoin de capitaux, d’investissement, de transfert de savoir, de compétences et de technologie.
Jean-François
Toujours sur le même sujet, le vol à l’arraché, une réaction de Valérie cette fois, qui semble abonder dans le sens de Simon…
Bonjour, l’histoire du sac arraché se répète dans le monde entier. Le problème, c’est l’énorme fossé qui sépare les plus pauvres des plus riches. Mais si, mais si, il est là, le problème ! Made gagne 500 000 roupies par mois pour travailler 6 jours sur 7 sans sécu, sans congés payés, etc. Maurice dépense 1 000 000 de roupies pour un repas. Réfléchissons un peu.
Valérie
Un courrier assez long de Benoit qui s’en prend à Carrefour, reprochant au géant de la distribution d’être à l’origine de trois « déséquilibres » à Bali. La remise de sacs plastiques à la caisse, l’absence remarquée selon lui de la clientèle balinaise et une prétendue « islamisation » qui se traduirait par une raréfaction des produits à base de porc et l’emploi de personnel non-balinais. Nous n’avons retenu que la partie la plus pertinente et la mieux argumentée, celle concernant les sacs plastiques…
Je ne sais si ce commentaire risque de voir le jour dans la gazette étant donné que Carrefour semble en être un de ces principaux contributeurs financiers. Il semblerait que cette entité française de Bali contribue également, et de manière tout à fait embarrassante, à un triple déséquilibre de la vie balinaise traditionnelle. J’ai pu témoigner à plusieurs reprises avec un effarement certain, du nombre de sacs en plastique, dont aucun n’était biodégradable, qui m’étaient remis lors des rares fois où je m’y suis rendu. J’avais calculé à l’époque (l’été dernier) que le caddy moyen repartait avec une moyenne de six sacs plastiques une fois passé les caisses. Un merveilleux arbre vert était même imprimé sur les sacs les plus imposants vantant la verdure environnante ! J’ai pu conclure que Carrefour était de fait, probablement un des plus gros pollueurs de sacs en plastique de l’île. De plus, aux rayons articles de maison, on y voit des rangées entières d’ustensiles de maisons, assiettes, gobelets, bassines, carafes, arrosoirs, mobilier sans compter le packaging tout « made in China » à base du fameux dérivé pétrolier. Ces articles autrefois de bambous, feuillages, bois, fer, verre, pierre et autres matières naturelles ont été remplacées par du plastique souvent de mauvaise qualité, ce qui implique l’obligation de les jeter et de les remplacer fréquemment [...].
Benoît
Je ne sais si ce commentaire risque de voir le jour dans la gazette étant donné que Carrefour semble en être un de ces principaux contributeurs financiers. Il semblerait que cette entité française de Bali contribue également, et de manière tout à fait embarrassante, à un triple déséquilibre de la vie balinaise traditionnelle. J’ai pu témoigner à plusieurs reprises avec un effarement certain, du nombre de sacs en plastique, dont aucun n’était biodégradable, qui m’étaient remis lors des rares fois où je m’y suis rendu. J’avais calculé à l’époque (l’été dernier) que le caddy moyen repartait avec une moyenne de six sacs plastiques une fois passé les caisses. Un merveilleux arbre vert était même imprimé sur les sacs les plus imposants vantant la verdure environnante ! J’ai pu conclure que Carrefour était de fait, probablement un des plus gros pollueurs de sacs en plastique de l’île. De plus, aux rayons articles de maison, on y voit des rangées entières d’ustensiles de maisons, assiettes, gobelets, bassines, carafes, arrosoirs, mobilier sans compter le packaging tout « made in China » à base du fameux dérivé pétrolier. Ces articles autrefois de bambous, feuillages, bois, fer, verre, pierre et autres matières naturelles ont été remplacées par du plastique souvent de mauvaise qualité, ce qui implique l’obligation de les jeter et de les remplacer fréquemment [...].
Benoît
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motard dans la cendre
merapi novembre 2010
face sud du merapi
paysage de désolation après le passage des lahar