L’ogre et le petit Bule ou chronique de l’arnaque ordinaire

La Gazette de Bali, par le courrier des lecteurs, a abordé dans son numéro du mois d’août le sujet des arnaques. Ces « Bule désargentés » ne sont pas les seuls à souffrir d’un système qui semble bien rodé. Quelques mois de vie à Bali et quelques rencontres permettent de faire l’amer constat de pratiques douteuses : la communauté française de Bali compte de nombreux escrocs.
De la rapine minable à la franche escroquerie, qui mènerait en France à l’ombre des cachots, tous les genres sont représentés. Hélas ici point de recours ; un procès ? La justice indonésienne n’a que faire des litiges entre Bule. Dans le meilleur des cas, un jugement favorable qui ne pourra jamais être exécuté et des frais qui viendront s’ajouter à la déjà lourde addition. Cette impunité est mère de toutes les audaces.
Il est difficile de faire le portrait de notre escroc, il est là depuis 17 ans ou depuis 2 ans, ici la malhonnêteté n’attend pas le nombre des années d’expatriation. Rassurant, il a souvent une gentille famille, même des enfants indonésiens adoptés ! Un être généreux qui a évité à ces malheureux une vie si difficile (l’adoption à Bali, c’est un autre sujet, on pourrait aussi en parler… ). Il roule en 4X4 noir à verres fumés (celui-là même que jalouse secrètement Rainer), ou seulement en bebek, il habite une maison pharaonique ou une charmante maison balinaise, en bref, impossible de faire le portrait robot de notre escroc.
Alors passons aux faits, tout d’abord la rapine, le préjudice est faible pour le petit Bule comme l’est le profit pour notre homme, mais la répétition du minable larcin doit quand même payer si l’on en croit le nombre d’anecdotes rapportées. La recette est toujours la même : prendre un Bule tout neuf, lui offrir une Bintang ou un déjeûner au Warung Murah. Il cherche à louer une moto, le voilà conduit chez Gede, un ami, qui lui réserve un tarif de faveur. En réalité deux fois le prix. Et Gede reconnaissant partagera le bénéfice avec notre sinistre. Il veut louer une maison, notre homme en a justement une sous la main, elle vient de se libérer et n’est vraiment pas chère, mais il faut sauter sur l’occasion car à ce prix à Bali les locations partent dans la journée ! Une belle commission pour notre minable et un engagement d’un an ou plus pour notre petit Bule qui constatera avec amertume plus tard que la maison n’est vraiment pas une affaire.
Les exemples peuvent être conjugués à l’infini, les meubles, les voitures, l’électroménager, les plantes, les langoustes, le vin et le champagne (et oui, on est français !), tout ce qui s’achète et se vend ! Ce système « gagne petit », aussi consternant soit-il, n’est rien à coté des graves escroqueries qui se pratiquent autour du rêve de tout un chacun. Une « maison à Bali », les rizières, les bale, les toits en bois et alang-alang. Que celui qui n’a pas rêvé de son petit paradis lève le doigt. Et pourtant combien de rêves anéantis ?
Ainsi l’histoire de cette famille, plusieurs voyages à Bali, des vacances de rêve, et la dernière fois, retrouvailles avec une connaissance rencontrée il y a quelques années dans un autre lieu de vacances. On avait échangé les adresses, on s’envoyait un email de temps en temps, on s’était trouvé des connaissances communes, il est vrai qu’on est de la même région. L’ami a pris sa retraite à Bali et réservera à notre famille, l’été dernier, le meilleur accueil. Tiens, comme ça se trouve ! Il vient d’acheter un magnifique terrain, si grand qu’il va le lotir, des amis et parents à lui sont déjà sur les rangs mais quelques ares sont encore disponibles. L’affaire est rondement menée, notre petite famille repart avec la certitude que les prochaines vacances seront réservées à la mise en œuvre du rêve balinais.
Bien sûr notre famille a envoyé un premier acompte substantiel à notre escroc, qui n’a pas manqué de lui dire qu’il commençait les travaux de bornage, de viabilisation de l’ensemble et faisait préparer les actes notariés. Notre petite famille a même rencontré en France ses futurs voisins balinais, tous connaissent depuis des années notre lotisseur, un ami, un homme qui a réussi et pris prématurément une retraite bien méritée, tous ont envoyé leur acompte.
La suite : le terrain n’a jamais appartenu à notre escroc, il annoncera la bonne nouvelle à la descente de l’avion, reconnaîtra qu’il n’est pas en mesure de rendre l’argent qu’il a croqué à belles dents et proposera généreusement une reconnaissance de dettes avec un timbre à 6000 roupies…
Autre cas de figure, l‘ami de longue date Il vit à Bali et sera un conseiller précieux pour cette famille qui vient s’établir dans l’« île des dieux » et va commencer la construction de sa maison. L’ami va présenter un constructeur, le même que le sien, il fait aussi construire une maison, il affirme que le prix est correct. Les travaux avancent doucement, les mêmes équipes pour les deux chantiers distants d’à peine un kilomètre, le constructeur multiplie les demandes d’acomptes bien au-delà de l’avancement des travaux, des problèmes, des questions : en définitive l’ami avait fait gonfler la facture du constructeur et faisait réaliser ses propres travaux sans bourse délier.
Ce qui semble extraordinaire, c’est le silence assourdissant autour de ces pratiques et de leurs auteurs. Ils sont connus : ceux qui s’en plaignent se voient toujoursrépondre : « Untel ! Bien sûr que c’est un escroc, tout le monde le sait ! » Ah bon ! Et pourquoi ne pas l’avoir dit plus tôt ? Comme s’il y avait chez ces anciens expatriés une jouissance secrète à voir les nouveaux arrivants connaître les mêmes difficultés que celles qu’ils ont sans doute connues à leur arrivée, en quelque sorte une forme de bizutage.
Alors il reste à inventer une machine à éradiquer ces nuisibles, un site internet, une association de défense des rêveurs ? Et surtout crier sur tous les toits ce que font les uns et les autres, en exhortant à la prudence.
Dorothée Weil

1 commentaire:

Arnaud Weil a dit…

Bonjour, bravo pour ce blog et ce texte, j'ai l'intention de découvrir Bali en mars ou avril 2013, avez-vous des petits conseils ou liens de blog à me communiquer ? Cordialement Arnaud Weil arnoo.arnoo@gmail.com

motard dans la cendre

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merapi novembre 2010

face sud du merapi

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paysage de désolation après le passage des lahar